GREGOR LOUIS ANDRE , Ze Blog !

30 janvier 2016

Webséries nantaises, vers une mort lente ?

 

648x415_webseries-nantes

 

Webséries nantaises, vers une mort lente ?

 

C’est un brin tristoune que je viens d’apprendre l’arrêt définitif de la websérie nantaise « Les Piliers de la Connaissance ». Une de plus en moins ! Alors, oui, d’aucuns me rétorqueront que cette web série laissera sa place à une nouvelle, à n’en pas douter. Ce raisonnement tautologique lénifiant peine à masquer la réalité. Nous assistons à une véritable hémorragie locale rendant exsangue ce secteur de création. Comédien et donc partie prenante, mon point de vue sera sans doute partial car parcellaire mais je ne peux que constater impuissant à une mort lente de ce format, du moins sur Nantes.

En 2014, Joël Bassaget, expert en webséries, dans un article intitulé « Nantes, le nouveau creuset de la fiction numérique » (1) soulignait avec enthousiasme que Nantes et sa périphérie représentaient près de 25% des nouvelles productions de webséries de l’hexagone. Las, depuis, les suspensions temporaires, désaffections, arrêts définitifs se sont multipliés.

(1)http://webseriesmag.blogs.liberation.fr/2014/12/01/nantes-nouveau-creuset-de-la-fiction-numerique/

« Jean mouloud semoule », « Switch », « Les gardiens », « Dr Joy » et maintenant « Les piliers de la connaissance », autant de webséries made in Nantes qui témoignaient d’un dynamisme créatif local et qui désormais sont en léthargie si ce n’est euthanasiées.

Pourtant, les instances culturelles locales se réjouissaient de cette vigueur créative mais sans pour autant accompagner réellement ces porteurs de projets.  Ainsi, lors d’une interview, Guylaine Haas, responsable des aides au secteur Cinéma et Audiovisuel du Conseil Régional des Pays de la Loire s’enorgueillissait de l’arrivée de ces nouveaux acteurs, tout en admettant que la Région Pays de la Loire ne disposait d’aucune structure, d’aucun « laboratoire » capables de soutenir ces créations, quelle que soit cette forme de soutien (mobilisation des compétences locales, apports de fonds ou caution financière pour la location de matériel).(2)

(2) http://filmsenbretagne.org/nantes-web-series-le-miracle-annonciateur/

Pis encore : la subvention allouée à l’aide à l’écriture aux premiers scénarios a été supprimée par le département. Attendons de voir, à l’échelle régionale, ce que la nouvelle majorité, fraîchement élue, nous réserve. Dès lors, faute de soutien et pour des raisons qui ne motivent que les intéressés eux-mêmes (fatigue, lassitude, solitude, rayez la mention inutile), ces auteurs/réalisateurs/techniciens et comédiens, bricoleurs fantasques jettent doucement l’éponge, se tournent vers d’autres formats,  donnant raison au darwinisme culturel mettant sempiternellement en confrontation offre et demande.

 

Une excellence nantaise à défendre

Fort heureusement, quelques webséries nantaises résistent, avec une vitalité remarquable. Les millions de vues cumulées de la web série de Valentine « J’veux un mec » en sont la preuve. Random, après avoir accumulé sélections et prix s’est vu offrir par la plateforme Wat appartenant au groupe TF1 un focus formidable, confortant ses créateurs de continuer l’aventure pour une nouvelle saison.

Parallèlement, Nantes regorge de structures d’enseignement supérieur préparant aux métiers de l’audiovisuel. Cinécréatis, Ciné Sup, le BTS Audiovisuel du Lycée Léonard de Vinci à Montaigu et dans une moindre mesure MJM, autant d’étudiants et professionnels en devenir qui sont déjà capables d’affirmer leurs savoir-faire. Ainsi, le court-métrage « Jimbo » réalisé en 2015 par des étudiants de troisième année de Cinécréatis poursuit désormais une carrière internationale !

 

Voir, faire savoir

A Nantes, depuis quelques temps, les supports de diffusion et donc les occasions de voir se sont multipliés : « Jolis Mômes », association audiovisuelle, producteur et coproducteur de nombreux projets, propose en collaboration avec le diffuseur Télé Nantes, une sélection de CM réalisés au cours de l’année dans le cadre de l’émission « Le club du Short ». « Court en Bar », autre association, propose quant à elle, la diffusion bimestrielle d’une sélection de CM, clips, dans des bars nantais, permettant ainsi aux réalisateurs du département mais aussi de la région une plus large exposition de leur travaux et de fait, de nouvelles opportunités de rencontres et de collaborations.

Cette volonté de faire savoir, s’exprime aussi par la naissance de nouvelles structures, plateformes collaboratives qui proposent de créer du lien et d’entretenir un réseau entre les différents acteurs du secteur audiovisuel ligérien. La bien nommée « La Plateforme », ainsi que « Skwaad », nouvelle venue, autant de passerelles permettant de maintenir l’existant tout en renouvelant les énergies.

Nantes et d’une manière générale, le département, voire la région, paraissent donc armés afin de porter d’ambitieux projets, afin de « monter » à terme d’ambitieuses productions. Pour cela, il serait sans doute judicieux d’opérer une synergie entre toutes ces structures, toutes ces bonnes volontés, sans pour autant perdre ce qui fait l’essence même de nos métiers : le plaisir !

 

Le plaisir, justement évoqué dans cet ultime épisode des "Piliers de la Connaissance". A bientôt les gars ! 

 

 

 

Posté par Gregor à 19:14 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,


21 juillet 2012

Tuerie d’Aurora, Batman coupable

dark-knight-returnsTout dans la tuerie d’Aurora désigne le cinéma et précisément le comics au cinéma comme coupable idéal. Dénigré durant de nombreuses années, déconsidéré et censuré, le comics a toujours eu mauvaise presse. Pour le néophyte, cet univers peuplé d’êtres aux pouvoirs surhumains affrontant déments et démons est pour le moins sombre  si on le compare à la production franco-belge, elle définitivement implanté dans notre culture populaire.

Pour autant, cette culture existe et nombre de ses héros se révèlent très proche de la mythologie gréco-romaine et certains parcours de vie de ces personnages n’ont rien à envier aux tragédies classiques et antiques. Depuis quelques décennies, le genre comics a réussi à s’imposer comme genre à part entière notamment grâce à de nombreux auteurs qui ont relevé le défi de rendre cet univers plus mature, personnages et histoires y gagnant en épaisseur psychologique. D’ailleurs nombre de ses auteurs ont ensuite fait leur bout de chemin à Hollywood. L’industrie du cinéma américaine a toujours su dénicher les talents là où ils se trouvaient et le comics représente une manne considérable pour les studios qui achètent licences de personnages comme Sony, Warner ou bien encore Disney -qu’on ne peut soupçonner d’être une maison mortifère- en rachetant une partie du catalogue Marvel.

C’est un fait : l’adaptation de Comics au cinéma fonctionne, elle génère de l’argent, des fans, des produits dérivés. La tuerie d’Aurora par son caractère exceptionnel et atroce relance le faux débat de l’influence mortifère des comics ou de la sous-culture.  Faux débat car il concerne de facto toutes les œuvres de l’esprit, tous les supports de création. En effet, un livre peut lui aussi amener à des actes barbares, un livre sacré notamment et nous sommes bien placés en France et en Europe pour savoir ce que des hommes-de tous temps- ont pu faire au nom de Dieu, au nom d’une idéologie.

Le cinéma favorise-t-il le passage à l’acte ? Oui. Et l’un des exemples les plus célèbres fût l’attentat manqué contre Ronald Reagan, dont le coupable disait s’être inspiré du film Taxi Driver afin de commettre son forfait. Non, car au vu des nombres de films joués par jour et ce dans le monde entier, cet acte reste heureusement marginal. Atroce mais marginal. Il convient plus de s’interroger sur les personnalités fragiles capables de passer à l’acte, celles qui confondent réel et irréel au point de vouloir rejouer le film « pour de vrai ».

Maintenant, le fait est que cette tuerie a eu lieu durant la projection du dernier volet de la trilogie Batman. Un héros sombre, un univers angoissant. En aurait-il été autant si ce fût un Woody Allen projeté ce soir-là? A cette question, nulle réponse mais la collusion des événements désigne un coupable idéal : Le comics.

En s’enflammant, la sphère médiatique vient de donner une caisse de résonnance mondiale à un film adapté d’un comics dont le héros principal est un homme déguisé en chauve-souris !

Dans la foulée, l’émotion et les réactions furent immédiates et de portées planétaires : Une vague de surréaction politique, journalistique, submerge au point que la Warner sort le plan de crise de communication : Annulation de l’AVP parisienne, suspension des spots publicitaires qui devaient accompagner le film tout le week-end aux USA.

Certes un moment de deuil se doit d’être respecté en mémoire de tous ces innocents qui se faisaient une fête d’assister aux exploits de leur héros, mais en faisant cela, Warner cautionne en creux l’hypothèse que TDKR  est à l’origine de cette tuerie, endosse le rôle du coupable, coupable de quoi d'ailleurs, on se le demande, et donne raison ainsi à ses détracteurs.

La surréaction de Warner affaiblira sans doute la promotion active du film mais augmentera sa notoriété par une promotion passive dont se seraient passés ses dirigeants. Ce film est une tuerie !

Posté par Gregor à 02:00 - Commentaires [1] - Permalien [#]