Dans de nombreux domaines, les arcanes de la création se confondent avec inspiration, faisceaux de connaissances et trajectoires de vie. Le neuvième art n’échappe pas à la règle et nombreuses de ses plus célèbres silhouettes doivent à la ré-appropriation et réinterprétation d’œuvres antérieures.

Astérix en Belloy

labelleloidasterixDepuis Eve créée grâce à une côte d’Adam, c’est un fait biblique établi : il faut toujours un brouillon avant de créer un chef-d’œuvre. Uderzo aura su faire de sa série Belloy le prototype idéal d’expérimentations graphiques qui allaient le conduire lui et le génialissime Goscinny vers le pinacle de la Gloire. Uderzo patine et lorgne vers ses confrères yankee qui alignent succès sur succès avec des titres comme Captain Marvel, Tarzan. Esseulé, Uderzo s’essaie aussi au super héros. De Ary Buck à Belloy, ses séries demeurent confidentielles.

Avec Belloy, Uderzo imprime un style graphique identifiable entre tous et recrée pour la BD le duo des héros, recette éprouvée au cinéma. D’un côté le Héros, aux sentiments nobles et au port altier, de l’autre le sparring-partner, le comparse qui par effet de contraste donne tout le relief nécessaire à la construction d’histoires mêlant situations burlesques et grandes aventures. Les germes prototypiques du succès d’Astérix sont déjà présents.

Néanmoins, il manque un ingrédient pour que la mayonnaise prenne. Cet ingrédient, cette touche géniale viendra d’Argentine et se nomme Goscinny. Les deux compères trouvent en France le pays ad hoc qui leur permettra de recréer l’histoire de France, une histoire qui déjoue la collaboration, qui honore la résistance et l’idée d’une terre promise à l’abri des agresseurs de tous poils, l’idée d’une Gaule aux carrefours d’Aden Auer et de De Gaulle qui réconcilie, cimente une V ème république et une Europe naissante.

Sans_titre_1Tintin et la Vache qui rit

Tintin, double sublimé de son auteur, aurait été sans doute affublé d’un autre pseudonyme si Hergé n’avait pas croisé la route de Benjamin Rabier. Si peu d’entre nous connaissent son nom, beaucoup de 7 à 77 ans, connaissent ses créations.

Benjamin Rabier, illustrateur animalier, auteur de Gédéon s’est illustré auprès du grand public par ses nombreuses créations publicitaires. De la lessive "  Le Chat " en passant par "  La Vache qui Rit ", les (grands) enfants reconnaissent entre mille cette vache souriante et écarlate qui anime les portions de fromage.

Très tôt, Hergé a su puisé chez Benjamin Rabier une inspiration : " J'ai été immédiatement conquis. Car ces dessins étaient très simples. Très simples, frais, robustes joyeux, et d'une lisibilité parfaite. En quelques traits bien charpentés tout était dit : le décor était indiqué, les acteurs en place ; la comédie pouvait commencer. ".

Au point que l’on peut se demander si le célèbre reporter belge ne doit pas son allure enfantine, ses pantalons de golf et quelques-unes de ses péripéties au Tintin-Lutin, de Rabier.

mickeys

L'ombre de Mickey

Iwerks le créateur, Disney le gestionnaire. Ainsi peut-on résumer la relation loyale et d’amitié qu’entretenaient les deux compères. Néanmoins, nombreux ont oublié le nom et le prénom du véritable papa de Mickey avant que celui-ci ne se transforme en multinationale : Le père de Mickey s’appelle Ub Iwerks.

Quelques-uns des premiers dessins animés de Mickey Mouse furent presque entièrement animés par Iwerks. Il fut pendant de nombreuses années le meilleur ami de Walt Disney et passa presque toute sa carrière avec lui. Iwerks et Disney eurent un différend et leur amitié en souffrit quand Iwerks accepta un contrat avec un concurrent pour quitter Disney et ouvrir un studio d'animation à son propre nom.

Iwerks était connu pour son travail rapide au dessin et l'animation ainsi que son sens de l'humour farfelu. L'animateur Chuck Jones, qui travailla pour les studios d'Iwerks dans sa jeunesse, disait qu'Iwerks était cinglé (mais) orthographié en arrière" (Iwerks est phonétiquement le palindrome de screwy, c'est-à-dire cinglé). Ub Iwerks mourut d'une crise cardiaque à Burbank en Californie.

Du brouillon à l’inspiration, de la ré-interprétation à la ré appropriation, en BD comme ailleurs, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.