20 août 2009
Un parfum au cannabis ?
Les créateurs de parfums ont toujours su rivaliser d'ingéniosité afin d’imposer leurs nouvelles fragrances sur le marché. L’essentiel talent des parfumeurs réside dans leur capacité à la mise en scène de leurs créations, à l’invention d’un univers imaginaire dans lequel le/la client(e) peut/veut se reconnaître.
Ainsi, la notion de la transgression est énormément exploitée dans l’élaboration d’un parfum. Transgression des codes sociaux, moraux, de l’identité sexuelle, de la loi. Par effet de contraste, le possesseur du parfum se fait porte-parole consentant de cette transgression.
Opium sur la peau
La prise de drogue figure parmi ces transgressions. Ainsi en 1977, Yves Saint Laurent créé Opium. Avec ce nom, le parfum devient plus qu’une essence. Par un transfert connotatif, le nom Opium confère à un simple parfum une nouvelle caractéristique, certes symbolique. Par inférence, Opium devient le parfum de la transgression, son possesseur, celui qui assume sa prise de drogue, cherchant ainsi l’ivresse des paradis artificiels illicites.
Ici, tout n’est que questions de symboles, du sens que l’on veut distiller d’un simple parfum. De la forme du flacon à son nom, rien n’est laissé au hasard.
Coup marketing ou Réelle trouvaille ?
Avec Black Afgano, une nouvelle étape est franchie. Là où Opium ne faisait que jouer sur la suggestion, Black Afgano est un parfum qui se propose de recréer les effets ressentis lors de la consommation de cannabis, le fameux « effet joint ».
« Après des créations olfactives pour Fendi, Diesel ou encore Versace, Alessandro Gualtieri réalise un autre projet original avec le parfum Black Afgano (Afghan Noir).
La nouvelle fragrance du parfumeur est décrite comme «fumée, sirupeuse, forte et masculine». Elle contient également des ingrédients «interdits» et «difficiles à importer». L'idée était de créer un parfum engendrant une euphorie temporaire, un peu comme le fait le cannabis. Black Afgano se veut anti-conformiste, sulfureux et s'adresse à un public adepte de parfum drôle et non conventionnel. »
Les fragrances qui ont d’autres prétentions que celle de parfumer ne datent pas d’hier. Ainsi, les souvenirs de nombreux mâles sont hantés par l’inénarrable parfum aux phéromones qui décuplerait le pouvoir d’attraction sexuel. Une promesse qui a fait pschittt.
Quoiqu’il en soit, force est de constater qu’après une transgression symbolique, le parfum se veut drogue à part entière en attendant l’ultime étape : Un parfum dont les composants rendraient réellement accro ses consommateurs.
Impensable me rétorquerez-vous. Parlez en aux multinationales de la cigarette.
Source : Cyberpresse
Commentaires
Opium
"Suite à la collection Chinoises, Yves Saint Laurent annonce le lancement du parfum Opium. Moins d'un an après la mort de Mao, c'est la célébration des fastes de la Chine Impériale. C'est l'agence Mafia de Maïmé Arnodin et Denise Fayolle qui se charge du lancement du parfum, avec Jerry Hall comme mannequin et Helmut Newton comme photographe. C'est le début d'un scandale aux Etats-Unis, allant jusqu'à un procès pour publicité mensongère car le parfum ne contient pas d'opium...."
Source : Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent
http://www.fondation-pb-ysl.net/site/Histoire-215.html
Le slogan qui accompagnait la pub du parfum était
"Opium, pour celles qui s'adonnent à Yves Saint Laurent."
Il me semble que la transgression du parfum Opium allait plus loin que la transgression de codes sociaux. Je dirais qu'elle était également la continuité d'une provocation "socio-politique" discrète mais présente, telle que l'ont bien souvent pratiquée Yves Saint Laurent et Pierre Bergé.
Quant aux éventuels composants de Black Afgano qui rendraient accro, cela se peut, mais...
A une période économique où la consommation est malgré tout ralentie, tout est bon pour relancer la machine à fric, et aucune raison de reculer devant quoi que ce soit pour ce faire.
Lorsque l'on sait qu'Alessandro Gualtieri n'en est pas à son premier coup d'essai sur les noms de parfums évocateurs (Absinth, Hindu Grass, Narcotic Venus, etc.), un petit coup de bluff marketing bien placé pour faire décoller la marque Nasomatto dudit parfumeur, n'est pas négligeable.
Sans compter qu'il est évident que bon nombre de moutons vont se précipiter pour acheter Black Afgano "histoire de voir si ça fait de l'effet".
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