carwash_signLa quintessence de la Blackploitation au cinéma est morte. La lutte pour l’affirmation d’une culture identitaire noire a cessé d’exister depuis que de nombreux acteurs noirs -d'Eddie Murphy en passant par Will Smith- sont devenus bankables, portant sur leurs épaules des Blockbusters planétaires.

 

Il n’empêche : La Blackploitation fût autant un mouvement politico-social qu’artistique qui aura eu le mérite de faire " bouger les lignes ". En moins d’un demi-siècle, les Etats-Unis sont passés des lois de la ségrégation raciale à l’élection d’un président noir.

 

Par conséquent, et pour les raisons ci-dessus mentionnées, la Blackploitation n’a plus de raison d’être. Pour autant, sous prétexte de vulgarisation de la Blackploitation uniquement à des fins mercantiles et afin de flatter l’ego du spectateur qui se pique de cinéphilie, nombreux sont les cinéastes qui n’hésitent pas à user et abuser des codes du film de Blackploitation en " oubliant " le message originel.

 

Preuve s’il en est que le genre reste populaire mais trop souvent réduit à sa portion congrue, à savoir débauches de tenues kitsch made in 70’s, de gazelles aux yeux de biches ( si, si ça existe), de prises de Kung-Fu, de techniques filmiques en forme d’hommage gimmicks sous l’alibi du vintage.

 

Dès lors, oubliez Black Dynamite et courez fouiner dans les bacs à DVD de votre supermarché. Vous y trouverez quelques perles dont Car Wash et Dynamite Jones.

CAR WASH & DISCO

 

 

 

Le charme de Car Wash est particulier. A l’inverse d’un Lucas qui se voulait documentariste sur son American Graffiti, le propos de Michael Schultz est totalement différent. C’est un polaroïd, un instantané d’une journée d’employés au sein d’un Car Wash. Unité de temps, de lieu et d’action pour un film un peu foutraque, au rythme parfois poussif et potache mais dont le charme agit à mesure que les minutes s’égrènent.

 

Tourné sur un authentique site de Car Wash situé sur la 6th à Los Angeles (site aujourd’hui disparu), le Car Wash est le centre névralgique des aventures croisées des divers protagonistes. Une journée de travail, précisément un vendredi, jour de paie et veille de soirées Disco. Au son de l’omniprésente bande FM qui rythme leur labeur et distille la bande son du film, le Car Wash voit son défilé de clients hauts en couleur. Dépassé l’effet souvenir de l’Album Photos, Car Wash se révèle être plus qu’un film Disco.

 

De prime abord, les portraits des employés majoritairement noirs apparaissent unidimensionnels, s’embarrassant peu de psychologie mais parviennent -au fil des minutes- à être prétexte de réflexions sociales sur la place du noir dans un monde régi par les blancs, un des thèmes majeurs de la Blackploitation. Ce sont ces portraits dessinés en creux derrière une bonhomie de façade, derrière la vitrine clinquante du Car Wash qui transforment un film au cachet désuet en œuvre attachante estampillée Blackploitation.

 

Du patron blanc qui tient à maintenir son autorité alors que son Car Wash périclite au revendicatif Abdulhah (Bill Duke), fraîchement converti à l’Islam et membre des Blacks Panthers à l’ancien détenu en conditionnelle ( Ivan Dixon) en passant par le contremaître servile, Car Wash propose un concentré du Melting Pot et sa problématique : Comment vivre ensemble en maintenant sa propre identité ?

De plus, Car Wash est servi par de nombreuses prestations de guests dont celle de Richard Pryor en curé prédicateur, limite proxénète et dont la religion est le saint dollar, croyance fortement ancrée au pays du billet vert, surtout chez les employés du Car Wash qui s’extasient devant la réussite matérielle de l’un des leurs. In god we trust, Amen.

Les plus cinéphiles s’amuseront donc à décortiquer la fiche technique et artistique du film mais les mélomanes ne seront pas en reste. Outre la bande son interprétée par Rose Royce, l’apparition des Pointer Sisters rajoute une couche d’intérêt supplémentaire à ce film sans prétentions mais jamais naïf, pas exempts de défauts mais pas forcément réductible à une bande son.